Héritage religieux et design contemporain

Inspiration 8 juin 2022

Buitenplaats Doornburgh a été construit au 17e siècle à Maarssen, comme un lieu de villégiature pour les familles aisées d’Amsterdam. Aujourd’hui, c’est un endroit où l’art et la science se rencontrent dans des expositions, des ateliers et des conférences fascinants. Pendant l’exposition Vorm aan de Vecht, Doornburgh est dédié à l’héritage religieux et au design contemporain. La porte sur pivot dorée de FritsJurgens introduit les visiteurs dans les cloîtres imposants, dont le design respecte le nombre plastique du moine et architecte, Van der Laan.

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Une propriété de campagne près du fleuve Vecht

En 1623, le marchand d’Amsterdam, Jan Claesz Vlooswijck, acheta un terrain près du fleuve Vecht pour y construire une propriété de campagne. Cet endroit – également appelé Golden Bend, exactement comme la partie la plus chère du Herengracht à Amsterdam – lui permit, en été, de s’échapper avec sa famille de l’air vicié et de la chaleur de cette ville marchande à la croissance explosive. La propriété devint progressivement Buitenplaats Doornburgh, un lieu d’une grande valeur historique. Pendant plusieurs années, la maison de campagne et son parc ont figuré sur la liste des monuments nationaux.

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Ses occupants au fil des années

Après Vlooswijck, la propriété a eu de nombreux occupants, parmi lesquels on compte des membres de la famille patricienne Huydecoper, qui a donné plusieurs maires à Amsterdam. De nombreuses propriétés de campagne ont été détruites lors du désastre de 1672, alors que les Pays-Bas étaient attaqués de toutes parts. Grâce à la généreuse donation de Joan Huydecoper aux autorités parisiennes, la propriété de Doornburgh a été épargnée. Comme les trois domaines adjacents – Vechtleven, Somersbergen et Elsenburg – disparurent, le parc de Doornburgh connut des modifications significatives. À l’origine, il mesurait 0,85 hectare, la propriété couvre aujourd’hui une aire de plus de 9 hectares.

En 1684, Willem Pietersen van Zon devint le propriétaire de Doornburgh. Il fit construire le grand portail d’entrée de style baroque, que l’on peut encore admirer dans le parc. Après une période de changement de propriétaires, la propriété passa aux mains de la famille Huydecoper en 1772, jusqu’en 1912. Au dix-neuvième siècle, les Huydecopers demandèrent à l’architecte paysagiste, J.D. Zocher, de projeter un jardin à l’anglaise. Avec son fils, Zocher conçut aussi le Vondelpark. Le parc de Buitenplaats Doornburgh a toujours conservé son style anglais d’origine.

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Une transformation religieuse

En 1957, la propriété fut rachetée par l’ordre des Chanoinesses Régulières du Saint-Sépulcre, qui commanda la construction d’un ensemble conventuel impressionnant, le prieuré d’Emmaüs, sept ans plus tard. L’architecte de la Bossche School, Jan de Jonge, conçut un bâtiment austère spécialement pour les religieuses. Lors de leur entrée au couvent, elles commençaient leur parcours religieux et abandonnaient tous leurs biens terrestres. Comme le style architectural strict différait fortement de celui des autres constructions, l’ensemble conventuel rencontra initialement beaucoup de résistance parmi les voisins. Avec le temps, on apprécia plus le prieuré et, depuis 2016, celui-ci est même devenu un monument national. Après le départ des religieuses, la maison de campagne a été utilisée comme pension de familles.

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La Bossche School

La différence entre la maison de campagne de Doornburgh du 17e siècle et le prieuré moderne d’Emmaüs n’aurait pas pu être plus grande : la première était richement décorée, le deuxième a un aspect très austère. Néanmoins, le couvent moderne dans le style de la Bossche School est considéré comme un chef d’œuvre architectural. La Bossche School a été fondée peu de temps après la deuxième guerre mondiale par le moine bénédictin et architecte, Dom Hans van der Laan. Les Chanoinesses Régulières du Saint-Sépulcre ont d’abord demandé à Van der Laan de projeter l’ensemble conventuel. Par manque de temps – après tout, c’était aussi un moine – il confia cette mission à son apprenti, Jan de Jong. Ensemble, ils conçurent le projet définitif du prieuré.

La Bossche School se caractérise par ses dimensions strictes, basées sur notre perception tridimensionnelle du monde. Tout part des proportions idéales entre la longueur, la largeur et la hauteur, pour créer un espace bénéfique au corps comme à l’esprit. La doctrine de la symétrie n’avait jamais été appliquée d’une manière si stricte dans une théorie architecturale circonscrite. Enfin, la recherche des proportions parfaites a conduit Laan à définir le «nombre plastique».

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Le nombre plastique

Selon cette doctrine, un projet ne peut pas avoir plus de sept dimensions différentes. S’il y en a plus, les personnes ne peuvent plus voir les connexions, d’après le moine et architecte, Van der Laan. Il a calculé les proportions entre les différentes distances dans un projet, jusqu’au plus petit détail : 1,324718. Selon la Bossche School, si ce nombre est le résultat de la formule largeur/longueur = longueur/hauteur = hauteur/(longueur + largeur), un bâtiment possède les proportions idéales. En appliquant constamment cette formule, on donne à chaque construction une logique apaisante.

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En d’autres termes, dans le style de la Bossche School, les pièces, les colonnes et les cadres de fenêtre ont toujours la proportion de 3:4 ou 1:7 opposée l’une à l’autre. C’est une référence constante au sept, le nombre divin, qui était considéré comme sacré dans l’ordre monastique des Bénédictins, auquel Van der Laan appartenait. Les règles de cet ordre furent créées en 529 par le reclus italien, Saint Benoît. La règle numéro Un voulait que les moines prient sept fois par jour. Ainsi, pour Van der Laan, le nombre sept avait une signification spéciale de plus d’une façon.

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Le nombre d’or

Le nombre plastique dérive du nombre d’or : une proportion divine qui est souvent appliquée, entre autres, dans l’art et l’architecture. On obtient ce « nombre magique » en divisant une droite en deux segments, de sorte que le ratio entre le plus grand des deux segments et le plus petit est le même qu’entre la droite entière et le segment le plus grand. Pour Van der Laan, le nombre d’or n’allait pas assez loin car il parlait d’une seule dimension. Et l’architecture utilise des proportions à deux et trois dimensions. C’est pour cela qu’il a développé son propre ratio, qui était vraiment adapté aux projets tridimensionnels.

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Fondamentalement, Van der Laan ne s’intéressait pas aux dimensions des pièces elles-mêmes, mais dans ce que le ratio entre les dimensions provoquait chez les gens. Le nombre plastique trouve sa source dans la façon dont nous vivons l’espace qui nous entoure. Le terme « plastique » doit donc être interprété dans le sens de « visuel » ou « pour donner forme ». Comme le moine et architecte a dit lui-même : « Vous pouvez voir combien quelque chose est grand seulement quand vous le voyez en rapport avec quelque chose d’autre. Vous pouvez évaluer la hauteur d’un arbre seulement si vous le voyez dans un espace proche d’un autre arbre. » Ainsi, la façon dont les éléments sont en rapport les uns avec les autres détermine la façon dont vous les percevez.

En savoir plus sur la section dorée comme base de la perfection

Un regard sur la culture et la nature

Après cet aparté architectural, retournons à l’histoire de la propriété de campagne. En 2017, les sept dernières religieuses quittèrent le prieuré et Doornburgh passa sous le contrôle de MeyerBergman Heritage Group, une organisation qui renoue avec l’héritage historique. Dans le passé, elle a participé au redéveloppement du Palais de Soestdijk et de la zone de la Westergasfabriek (« l’usine à gaz de l’ouest ») à Amsterdam.

MeyerBergman a réalisé plusieurs transformations pour mieux rendre justice à la nature à Doornburgh. Par exemple, les pelouses sont tondues moins souvent pour permettre le retour de plus de plantes stinzen – un groupe particulier de fleurs sauvages du printemps que l’on voit surtout près des maisons de campagne, des châteaux et des propriétés de campagne. De plus, un apiculteur local a installé des ruches pour renforcer la biodiversité. Et la propriété a accueilli plusieurs animaux : les porcelets de la porcherie PigMe occupent les prés chaque année et, en collaboration avec l’Observatoire des Oiseaux d’Utrecht, une chouette hulotte a été installée sur la propriété.

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Une nouvelle fonction pour le prieuré d’Emmaüs

Un restaurant dénommé De Zusters (Les Sœurs) a ouvert ses portes dans le prieuré. Il travaille avec des fournisseurs locaux et des produits de son propre jardin. Ce qui le rend spécial, c’est que chaque plat est servi dans une pièce différente : l’aventure culinaire commence dans la cuisine située au sous-sol, elle continue dans le réfectoire au rez-de-chaussée et se termine dans l’ancien salon, un peu plus bas dans le bâtiment. Près du prieuré se trouve le cimetière où les Chanoinesses Régulières sont enterrées. Même les sœurs encore vivantes peuvent y être enterrées si c’est leur volonté. Il existe des plans pour construire une chapelle du silence près du cimetière.

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En plus d’un restaurant, l’ancien prieuré d’Emmaüs est aussi utilisé comme salle d’exposition. Par exemple, pendant l’exposition Vorm aan de Vecht, il est possible de contempler le travail de plusieurs designers, artistes et photographes renommés, dans une association spéciale d’héritage religieux et de design contemporain. L’exposition a été organisée par Nicole Uniquole, qui travaille comme commissaire d’exposition, développeur de concepts et réalisatrice d’exposition depuis les années 1990. Plusieurs cellules de religieuses ont été transformées en salles où des artistes et des chercheurs peuvent séjourner temporairement pour développer et réaliser des projets. Tout au long de l’année, des concepteurs vivent dans l’ancien couvent, comme artistes en résidence pour créer de nouveaux projets.

Pour en savoir plus sur Vorm aan de Vecht

Une pièce d’ouverture dorée

La pièce d’ouverture, au sens propre comme au figuré, de Vorm aan de Vecht, est la porte sur pivot dorée de FritsJurgens. On dirait qu’elle contrecarre les intentions de Van der Laan et de De Jong, d’après le commissaire d’exposition et journaliste, Jeroen Junte. « Leur projet commun de prieuré tourne le dos aux tentations terrestres et à l’abondance pompeuse d’une porte dorée. À moins que cette porte ne soit le dernier rappel avant d’entrer dans l’architecture consacrée de cet ancien couvent. » Immédiatement derrière la porte, se trouve une poubelle massive en bronze de Studio Job, où on peut laisser imaginairement tous ses biens terrestres avant d’entrer dans le domaine du clergé.

Dans une autre perspective, la porte dorée correspond parfaitement aux idées de la Bossche School, selon Junte. « Les proportions sont harmonieuses et conformes aux dimensions caractéristiques du prieuré. On dirait presque que les architectes ont assisté à l’élaboration de cette porte moderne. Il est difficile de faire plus minimaliste : il n’y a pas de poignées ni de cadres et la charnière, intégrée dans la porte, est invisible. L’ouverture de la porte crée une chorégraphie élégante, son mouvement fluide confirme et interrompt la composition rigide de l’architecture en pierre en même temps.»

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Le passé et le présent

Le double rôle de la porte sur pivot dorée est tout à fait conforme à l’objectif de cette exposition, dit Maya Meijer-Bergmans, co-propriétaire de MeyerBergman Heritage Group et présidente de la Commission artistique du Buitenplaats Doornburgh. Meijer-Bergmans: «Nous voulons surprendre les visiteurs. Grâce à l’association de l’héritage religieux et du design contemporain dans cette exposition, les visiteurs en découvriront plus sur le passé et le présent.» Et c’est précisément l’un des domaines d’expertise du commissaire d’exposition, Nicole Uniquole, qui est connue pour les expositions où elle unit différents mondes de sa manière personnelle et unique.

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Selon Nicole Uniquole, la force de Vorm aan de Vecht réside dans l’association de l’héritage historique de la propriété de campagne et du design contemporain. « Cette exposition est une réflexion sur l’histoire particulière de cette propriété de campagne, qui la met aussi sous un jour nouveau. Nous racontons l’histoire de cet endroit spécial et, à travers l’art et le design qui y sont présents, une perspective surprenante est créée sur le futur.»

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Inspiré de la vie monastique

Grâce à sa expérience des expositions dans des lieux du patrimoine historique, Uniquole a pu sélectionner des créateurs qui renforcent le pouvoir de Doornburgh. Elle s'inspire du rythme quotidien des sœurs qui habitaient autrefois le prieuré, ainsi que des formes régulières de l'architecture. Uniquole : « Les makers participants s'inspirent du lieu. Le studio Stefan Scholten a réalisé la conception de l'exposition, basée sur les principes architecturaux frappants du monastère. En lien étroit avec la mise en page et le style de Maarten Spruyt, un Gesamtkunstwerk est créé.

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L'art que l'on peut admirer lors de l'exposition fait donc référence aux anciens habitants et à leur quotidien. Tant la robe à cape de Jan Taminiau que le long manteau matelassé à capuche du designer Moncler Pierpaolo Piccioli rappellent les habitudes des nonnes. On retrouve ici une contradiction intéressante : là où les sœurs portaient l'habit en raison de leur existence recluse et religieuse, des vêtements d'un style comparable sont maintenant exposés publiquement.

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Moncler - Pierpaolo Piccioli

Connexion par les opposés

Tant l'exposition Vorm aan de Vecht que le domaine de Doornburgh se caractérisent par une multitude de contrastes. Le contraste entre l'opulent manoir du XVIIe siècle et l'austère prieuré d'Emmaüs est le plus frappant, mais ce n'est certainement pas le seul. De l'art moderne dans un lieu où vivaient des nonnes sans biens terrestres, une porte pivotante dorée extravagante dans un bâtiment autrement modeste conçu par l'école Bossche : c'est précisément parce que le passé et le présent semblent se repousser qu'ils s'attirent. Par exemple, une collection unique de design contemporain insuffle une nouvelle vie au domaine séculaire et les fabricants modernes nous offrent un nouveau regard sur l'histoire.

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